Merci




Merci à ce que j'ai longtemps appelé cette "chienne de vie"...


Merci de m'avoir fait aussi sensible et fragile;

Merci de m'avoir fait agir plus souvent à l'instinct que de façon réfléchie;

Merci à toutes ces portes qui m'ont été claquées au visage, à toutes ces fois où l'on m'a dit non et à tout ce que j'ai désiré mais je n'ai pu obtenir;

Merci de m'avoir fait aussi têtue et combattive. Ce feu qui m'habitait, je l'ai brûlé à la lanterne de toutes sortes de passions plus éphémères les unes que les autres. Des passions tantôt dévorantes et d'autres toutes douces qui s'étiolaient aussi rapidement qu'elles étaient nées;

Merci de m'avoir donné autant de lumière à rayonner et de m'avoir permis d'aussi la gaspiller, la dissiper à tout vent... jusqu'à ce qu'elle s'éteigne complètement.


Merci pour la noirceur;

Merci pour la chute aux enfers;

Merci pour la douleur et la souffrance;

Merci de m'avoir conduit au seuil de la mort... à plus d'une reprise;

Merci de m'avoir fait voir l'envers du décor.


Parce que j'y ai vu l'illusion. L'illusion de l'avant-scène. Tout ce que nous cultivons dans nos côté cour et côté jardin. Tout ces spots qui brillent sur nous le temps d'une représentation, nous laissant vide et dans l'ombre jusqu'à la prochaine séance. Toutes ces scènes qui se jouent autour de nous, auxquelles nous accordons beaucoup trop d'attention. Ces scènes qui nourrissent notre avidité de briller ou notre aversion envers des rôles que nous ne voudrions pas voir mis en scène. J'ai vu la vie de loin. Dans toute sa laideur et sa beauté.


J'ai vu ce que j'étais devenue et cela a fait mal. Encore plus mal que tout le reste.


J'ai rampé à l'arrière-scène, seule dans ma loge, pour tenter de penser mes plaies et guérir.


Seule, à la lueur d'une simple chandelle, à force de jeûnes et de deuils, j'ai finalement vu.


Le vrai, le réel, l'amour. À ce qui perdure au-delà du temps, de l'espace et de la forme.


Je me suis vue. Telle que je suis, sans artifice, dépouillée des rêves de pacotille, des chimères qu'on se raconte le soir en se couchant. Totalement imparfaite, totalement divine. Vue et aimée telle que je suis, par moi-même, la création et tout ce qui est en amont de celle-ci.


Dépouillée, vulnérable dans mon humanité, je suis libre. Je marche maintenant main dans la main avec la vie. Nous nous sommes refait une beauté, nous brillons de nouveau et il n'y a plus de chienneries qui vaillent. Juste le vrai avec toute sa beauté et sa cruauté, cohabitant maintenant parfaitement l'une avec l'autre. Il n'y a plus de pièces et de représentations, il y a simplement tout ce qui est, sans aucun artifice, aucun tape à l'oeil et aucune mise en scène. Je vous laisse tout ceci, si ceci peut vous amuser et vous faire plaisir. Dogmes, théories, systèmes, croyances, spiritualité, philosophie, religion et pratiques de toutes sortes ont volé en éclat. Mais je vous regarde au travers ceux-ci et je m'y reconnais pleinement.


J'embrasse tout cela mais... le rideau est tombé pour moi et je n'ai plus envie de jouer. Seulement être est amplement suffisant.


Parce que nous sommes ce que nous sommes, ni plus ni moins. Parfaitement imparfaits. Tout ce qui tend à nous faire croire le contraire est de la comedia del arte*.


Je choisi le réel, la vie. La vraie, sans artifice ni faux-fuyant. Et je vous y accueille le coeur grand ouvert. Maintenant plus que jamais, en cette période où tout est à revoir et repenser.


Soyons ce que nous désirons que ce monde devienne.



Grazie! La vita è bella!



❤️



BrahmaShakti



* La comedia del arte est est un genre de théâtre populaire italien, né au XVIème siècle, où des acteurs masqués improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l'ingéniosité.


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