Le retour de la peur




Déconfinement... C'est un nouveau mot, le saviez-vous? Cette pandémie nous aura donné beaucoup de nouveautés, dont certains mots de vocabulaire tel que celui-ci.


Oui, beaucoup de choses sont nées et ont émergé pendant la période de confinement. De très belles prises de conscience pour plusieurs, une volonté à vouloir faire les choses différemment pour d'autres, enfin bref ce temps d'arrêt aura été source d'une certaine réflexion pour l'humanité.


Mais maintenant que le confinement tire à sa fin et que les choses reprennent, qu'adviendra-t-il de tout ceci?


Chasser le naturel et il revient au galop.


Vous connaissez cet adage?


Ce naturel bien ancré dans l'espèce encore en partie animale qu'est l'humain c'est la peur. Et celle-ci reprend du terrain jour après jour.


Alors que les moins bien nantis de ce monde tentent de survivre comme ils peuvent dans un monde où les iniquités économiques se creusent encore plus en temps de crise, nous voyons des forces de l'ordre laissées parfois à elles-mêmes avec ce que tout ceci peut engendrer comme disproportions dans l'application de ce concept qu'est l'utilisation de la force raisonnable. Parce que certains d'entre eux, aussi, ont peur. Nous oublions parfois les risques associés à la fonction policière et la nécessité que ces gens soient encadrés adéquatement dans l'exercice de leurs fonctions. La peur est le pire ennemie d'un policier. La peur tue le discernement nécessaire dans l'application de la force. C'est la peur qui fait crier " I can't breath "... Et c'est encore la peur qui empêche les collègues et passants autour de réagir lorsque la force n'est plus raisonnable.


Alors qu'un vent de colère et d'injustice se lève à l'endroit de ce qui dort depuis trop longtemps derrière ce geste de force disproportionnée, cette ségrégation encore bien présente dans le regard de l'Homme blanc, c'est encore la peur qui répond. La peur qui répond par la violence de représailles armées, la peur qui répond à ces menaces de représailles par encore plus de violence à l'endroit de ses propres frères et soeurs. La peur qui ne comprend plus rien aux enjeux derrière ce mouvement qui pourrait conduire à une véritable réconciliation. Une réconciliation nécessaire après 155 ans à tenter de faire semblant que les choses ont été réglées. Les guerres civiles règlent rarement les choses définitivement et ce n'est pas en menant les gens au seuil d'une nouvelle que les choses iront mieux.


Mais la peur de l'autre est bien ancrée chez l'humain qui fonctionne encore dans un mode de survie. L'humain qui croit qu'il a encore quelque chose à défendre ou à protéger.


Cette peur bien présente chez nous aussi. Parce que nous savons au fond de nous-même que cette crise a changé bien des choses et que ce mouvement de changements ne fait que débuter, nous prenons nous aussi peur. Soudainement, nous doutons. Alors qu'il y a quelques mois à peine nous nous félicitions de la sagesse et du calme de nos élus, nous voici que nous leur prêtons toutes sortes d'intentions. Les complotistes ont bien fait leur boulot... Ces anarchistes de pacotille qui diffusent la peur à tout vent, nous ont convaincu que tout ceci a été fait pour rien d'autre que de nous contrôler, nous enlever nos précieuses libertés civiles. Et s'ils avaient raison, nous demandons-nous? Si nous nous retrouvions demain matin dans une dictature de bananes...


Alors notre peur, cette peur de perdre nos précieux acquis prend le dessus et nous suons cette peur sur les réseaux sociaux déclarant soudainement que tous les gouvernements et organismes de contrôle de ce monde sont sous la gouverne "d'on ne sait trop qui". Un " qui " qui veut nous contrôler. Nous ne voyons plus que nous nous sommes placés nous-même dans ce bourbier à vouloir exploiter inopinément les richesses de cette planète et que ce faisant nous avons laissé d'énormes holdings prendre le contrôle de l'économie mondiale et dicter leurs lois à nos gouvernements et aux organismes de contrôle censés nous protéger. Ces holdings que nous continuons d'encourager par une consommation qui n'a pas beaucoup diminué malgré la pandémie dans ce panem et circenses* dans lequel nous vivons. Cette société de loisirs qui engourdie notre vigilance et nous fait tirer sur les mauvaises cibles. Nous nous en prenons à nos élus et mettons nos frères et soeurs humains à risque en faisant fi des règles de sécurité imposées pour notre bien, au nom d'une prétendue liberté que nous avons perdu depuis fort longtemps.


Que nous avons perdu dès lors que nous avons préféré nous divertir que d'être responsables.


Et comme nous sommes maintenant à la merci de cette façon de vivre et que toute notre économie repose sur celle-ci, la peur de voir ce système s'effondrer reprend le dessus. Alors notre gouvernement prend lui aussi peur et tente de relancer cette économie par des moyens qui finiront par donner raison à tous ces complotistes. En adoptant des projets de loi à la sauvette, des projets de lois qui sont inquiétants. Pas parce qu'ils briment ces précieuse libertés que nous croyons encore avoir, non.


Parce qu'ils briment encore une fois un environnement qui se doit maintenant d'être vu tel qu'il est. Notre monde, cette planète est en péril et le confinement fût une minuscule pause bénéfique pour elle. Nous ne pouvons plus nous permettre de repartir la machine comme avant, relancer des projets d'infrastructures qui se feront dans le déni des aires et zones qui se doivent d'être protégées. De relancer encore plus de constructions, de commerces, plus de plus et encore toujours plus... Nous devons maintenant aller vers MOINS. C'est ça la réalité. Moins de consommation, moins de party, moins de grosses patentes en tout genre qui exploitent les ressources et le territoire que nous occupons déjà de façon éhontée.


Cette pandémie a confirmé ce que les Greta Thunberg et Dominique Champagne de ce monde nous criaient par la tête: Que cette planète était aussi rendue à dire " I can't breath ".


Le temps de quelques mois, elle a pu recommencer à respirer.


Il n'est plus l'heure de se mobiliser parce que la mobilisation ça ne dure qu'un temps, le temps que l'engouement du groupe se perdre et que nous retournions tous à nos bonnes vieilles habitudes. Il n'est plus l'heure non plus de chiâler, de crier et d'agiter les bras pour se dire victime de complots ou de nos systèmes. Des systèmes que nous avons mis en place et que nous continuons d'alimenter avec cette peur de perdre nos acquis, une peur qui nous tient bien solidement.


Il est temps d'arrêter d'avoir peur, tout simplement. De regarder cette peur bien en face et de réaliser que tout au fond, derrière celle-ci, la vérité c'est que nous ne voulons pas sortir de nos zones de confort et voir ce monde changer. Nous ne voulons pas faire des sacrifices nécessaires au maintien de la vie sur cette planète. Nous préférons continuer à nous divertir, nous disant que la vie est courte, que si près de la retraite ou de la fin de notre passage ici-bas, nous n'avons pas à nous sacrifier pour les autres ni à être contrôlé par qui que ce soit. Et c'est cette façon de penser qui fait que ce monde continue tel qu'il est. De par notre égoïsme.


Ce n'est pas le gouvernement qui est en cause ni même les holdings qui contrôlent notre système économique. C'est chacun de nous individuellement qui pensons de cette façon.


Mais ce monde changera, il a toujours changé et évolué, c'est l'essence même de la vie. Avec ou sans nous il continuera de changer et vous ne faites que résister à un mouvement naturel. C'est ça la réalité. Nous ne sommes pas les maîtres de ce monde, nous en sommes de simples touristes qui y passons le temps d'un bref voyage qu'est notre petite vie. Pensez à tous ces pays que vous ne pourrez peut-être plus visiter avant longtemps en raison de la pandémie. Vous aimeriez bien un jour pouvoir voyager de nouveau, non? Vous seriez attristé de ne plus jamais pouvoir voyager, n'est-ce pas? Et bien voyez votre vie comme une chance énorme de pouvoir voyager et ayez plus de respect pour celle-ci. Plus de respect pour toute la vie, sous toutes ses formes. Voyez que si nous continuons de vivre dans la peur, ce voyage pourrait bien être notre dernier...


🕊


BrahmaShakti



*Panem et circenses - expression latine qui se traduit par " du pain et des jeux ". L'expression vient de la Rome antique et dénonçait l'usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d'organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s'attirer la bienveillance de l'opinion populaire.

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