La peur de voir ce monde changer



Il y a eu septembre 2001 et suite à cela, certaines choses ont changé. La sécurité s'est resserrée, une légère paranoïa s'est installée et notre façon de voyager a été considérablement modifiée. Le terrorisme venait de gagner la bataille. Cette bataille qui vise à déstabiliser les systèmes par la peur. S'en prendre aux innocents, aux civils dans un combat qui oppose deux formes de pouvoir. Encore aujourd'hui, le terrorisme est bien présent sur la planète et plane comme une ombre silencieuse.


Mis à part cela, les 50 dernières années ont été plutôt tranquilles dans l'hémisphère nord. Les guerres, les cataclysmes, les épidémies, les tragédies mondiales ont été quelques cas isolés ici et là, la plupart du temps loin de nous. Des drames éphémères que nous avons vu passer sur nos écrans de télévision et qui se sont très peu joués dans notre cour d'école.


Il y a un bien sûr un grand drame qui se joue sur notre terrain de jeux, mais c'est un drame dont on ne parle pas trop. Ou plutôt, pas suffisamment. Cette souffrance psychologique grandissante dans notre société moderne. Cette souffrance qui amène des tueries dans les écoles, des parents qui enlèvent la vie de leurs enfants avant d'en finir avec eux-mêmes, des hommes qui violentent des femmes qu'ils prennent pour leur propriété ainsi que des gens qui s'en prennent à leur prochain parce qu'ils n'ont pas la même couleur de peau qu'eux ou la même orientation sexuelle.


Bref, dans le grand jeu de la dualité, il y a encore beaucoup de drames qui se vivent à petite ou à grande échelle. À grande plus qu'à petite à mon sens, parce que la vie humaine n'a rien de petite ou de banale.


Mais depuis peu, rien de tout ceci ne retient notre attention très longtemps. Ce ne sont que des feux de paille sur la planète média, la planète web. Non, le drame qui retient toute l'attention est la perte de nos précieuses libertés individuelles. Qu'on nous demande de demeurer à la maison un peu trop longtemps ou qu'on nous oblige à nous couvrir le visage, ça, c'est un véritable drame qui polarise nos énergies bien d'avantage que tout le reste. Toute notre attention est monopolisée quant à savoir si ce masque que les chirurgiens portent depuis des décennies dans les salles d'opération, à la journée longue, est vraiment efficace dans le contexte actuel. Parce que nous, nous devrons le porter quelques minutes, voir quelques heures par jour, ÇA, ça mérite vraiment qu'on passe nos soirées sur le web à la recherche de preuve, qu'on lance des pétitions, qu'on publie moult status ou trouve des moyens légaux de contestation de cet important bris dans nos libertés individuelles.


Du coup, je vois ce que j'ai vu toute ma vie dans les cours de justice: de grandes victimes. Et je ne parle pas ici des vraies victimes avec qui j'ai travaillées. Non, je parle des accusés qui passaient dans le box. Toujours à se justifier de leurs actes par un non respect de leurs droits. Ce voisin qui fait jouer sa musique trop tard était bien sûr le responsable du méfait sur sa propriété. Cette jeune femme trop provocante était presqu'à coup sûr responsable de cette agression à son endroit. Ces policiers qui avaient dû se mettre à 4 pour maîtriser ce fou furieux qui brisait tout avec une batte de baseball étaient toujours responsables des voies de fait commis à leur endroit.


Et cette loi, cette loi toujours stupide, cave, faite par des "morrons" et adoptée par des incompétents, était toujours la GRANDE responsable de leurs privations de droits et de libertés.


Bref, je vois aujourd'hui à l'échelle des réseaux sociaux et du web ce que j'ai vu toute ma vie professionnelle.


Je pourrais avoir la nausée de voir l'histoire se répéter. J'ai bien eu quelques moments de découragement, il est vrai, mais après avoir pris du recul, non. Parce que je vois aussi la même dynamique derrière, le même jeu de forces à l'oeuvre dans la psyché humaine. La difficulté à voir la portée collective de nos gestes individuels. La difficulté à prendre la responsabilité du bien commun de tous, à faire des sacrifices pour cet autre qu'on ne connaît pas et qu'on voit séparé de nous. Et la volonté d'appartenir à un groupe qui correspond à nos valeurs. Que ces valeurs soient déviantes ou justes n'a aucune importance ici, puisqu'elles sont vues au travers du filtre de notre monde intérieur et de nos schèmes de croyances. Alors ce qui est bon pour l'un ne l'est pas pour l'autre et selon votre point de vue, vous serez toujours le méchant de quelqu'un d'autre.


C'est ainsi que fonctionne la dualité, la séparation et la polarisation.


Je vois même depuis peu, des gens qui se disent "éveillés", véhiculant de plus en plus des propos hostiles ou dégradants à l'endroit de ceux qui se plient aux lois et règlements. J'en ai même vu une hier traiter les gens de "motruches" (conjugaison de mouton et autruche). Non, mais il faut ti-pas avoir pas compris ce qu'est le chemin d'éveil pour ridiculiser ainsi son prochain et se servir des théories du complot pour se dire éveillé??? Ce qui était vu et compris il n'y a pas si longtemps comme une voie initiatique de retour vers soi amenant une profonde transformation de tout l'être, dans un mouvement amenant ouverture, compassion et paix, est de plus en plus ramené qu'à une façon parmi tant d'autres de se voir différent de l'autre avec qui nous sommes en relation. L'éveillé et le non éveillé. Le spirituel et le non-spirituel. 😞


Mais tout ceci est le fait de ce monde. De ce monde que nous avons construit au fil de notre histoire et nous avons à l'accepter dans toute sa diversité. Ce qu'il nous est très difficile de faire. Parce que nous avons peur. Peur de changer, peur de vieillir, peur de mourir, peur d'être malade, peur de souffrir, peu importe. Nous avons toujours peur de quelque chose et ici, c'est de voir le monde changer. De perdre nos acquis et de devoir vivre avec moins pour le bien du plus grand nombre. Que ce soit la pandémie ou les changements climatiques importe peu. Toujours c'est la même chose, nous résistons au changement et refusons de faire des compromis pour les autres. Du coup, il nous faut tout questionner et tout remettre en question continuellement pour se justifier de ne pas faire notre part. Pourquoi je le ferais si les autres ne le font pas?


Qu'on soit pour ou contre le port du masque ici n'est même pas le sujet de ce texte et si vous ne l'avez pas encore compris à ce stade-ci de votre lecture, vous devriez peut-être arrêter de lire.


Se questionner c'est bien. Mais il faut le faire intelligemment. Dans l'ouverture à un dialogue avec l'autre, l'ouverture à faire des compromis. Or, ce n'est pas ce que je vois en ce moment. Je vois des gens qui imposent leurs opinions, leurs croyances aux autres ou se ridiculisent les uns les autres, toujours sous ce fameux couvert de la liberté d'expression. Je vois des enfants dans une cour d'école qui s'obstinent au sujet des règlements du ballon-chasseur et qui protestent encore quand le surveillant leur dit que la récréation est terminée. Un groupe qui suit le surveillant l'air débiné et l'autre qui refuse d'aller prendre son rang. Bonnet blanc et blanc bonnet.


Mais personne n'est enjoué de retourner un classe pour apprendre.


Et c'est normal.


Parce que nous voudrions tous et toutes pouvoir continuer à jouer.


En ce moment, plusieurs se questionnent et se demandent si nous retrouverons notre cour d'école ou dans quel état sera-t-elle le jour où nous pourrions y retourner? Mais peut-être est-il temps de quitter la cour d'école et de passer au niveau d'étude supérieur? Celui où il n'y avait plus de terrain de jeux, celui où il fallait travailler un peu plus fort parce que nous savions que nous entrions dans une nouvelle école pour y apprendre quelque chose qui nous servirait pour la vie. Quelque chose qui nous permettrait de gagner notre vie et assurer les besoins de la famille que nous projetions d'avoir un jour.


Travailler un peu plus fort, faire des efforts pour grandir et être utile pour nos proches. Peut-être même réaliser quelque chose d'utile pour l'ensemble de la société. Que ce soit parce que vous êtes pour ou contre ce qui se passe en ce moment, il faut voir que toutes le crises sont des opportunités de changement. Des opportunités de se changer soi, d'abord et avant tout. De voir les choses autrement, en considérant tous les angles. Et cela ne se fait pas en se campant dans des demies vérités que nous ne voulons pas remettre en question. D'un côté comme de l'autre.


Il faut simplement être véritablement Conscient, pas seulement jouer à l'être.


💚


BrahmaShakti

© 2019 par BrahmaShakti. Créé avec Wix.com